• Pour les immigrants, une éducation canadienne permet d’uniformiser les règles du jeu en réduisant considérablement la sous-utilisation des compétences ou le niveau d’inadéquation entre les niveaux d’études et les emplois occupés.
  • Les immigrants qui étudient au Canada réussissent beaucoup mieux parmi la population active que ceux qui n’y étudient pas – et presque aussi bien que leurs pairs non immigrants.
  • Une éducation canadienne favorise une meilleure maîtrise de la langue, une intégration plus rapide au marché du travail et l’acquisition plus rapide d’une expérience professionnelle.
  • Cela permet aux nouveaux arrivants de surmonter des obstacles tels que la reconnaissance inadéquate des diplômes étrangers et les préjugés dans le processus d’embauche.
  • En résumé : Pour les nouveaux arrivants, une éducation canadienne constitue un tremplin clé qui mène vers la réussite sur le marché du travail. Pour le Canada, le flux d’étudiants étrangers constitue une source d’immigration plus efficace – en plus de représenter une clé pour libérer le potentiel sur le plan de la productivité du travail.

Les compétences des immigrants ne sont pas pleinement exploitées

Dans le cadre de travaux antérieurs, nous avons identifié une inadéquation importante entre le niveau d’études des immigrants et les emplois qu’ils détiennent. Cette sous-utilisation des compétences est particulièrement prononcée parmi les personnes formées pour des secteurs qui souffrent actuellement d’une pénurie de main-d’œuvre, comme dans le cas des soins de santé. Les données du Recensement de 2021 montrent que 30 % des immigrants arrivant au Canada et possédant un diplôme en médecine, en dentisterie, en médecine vétérinaire ou en optométrie travaillaient dans un domaine non lié, par rapport à seulement 4,5 % des non-immigrants également formés dans ces domaines.

Le même écart peut être observé dans d’autres secteurs et tend à se creuser à mesure que le niveau d’études augmente. En d’autres termes, plus les immigrants ont un parcours scolaire riche, moins ils sont susceptibles de trouver un emploi qui correspond à leurs études. Cette réalité pourrait découler de divers facteurs, parmi lesquels figurent des obstacles à l’entrée plus élevés dans le cas des emplois plus qualifiés, un manque de reconnaissance plus prononcé des diplômes étrangers que des certificats ou des grades étrangers, et une importance accrue vouée aux connaissances linguistiques (en moyenne) dans les emplois pour lesquels il faut généralement disposer d’un diplôme universitaire.

Fait à noter, lorsque les immigrants font leurs études au Canada, l’écart associé au niveau de sous-utilisation sur le marché du travail s’estompe presque entièrement.

Les immigrants formés au Canada sont plus susceptibles d’obtenir de meilleurs résultats sur le marché du travail

S’ils ont étudié au Canada, les immigrants sont beaucoup plus susceptibles de trouver un emploi qui correspond à leur niveau de scolarité. Les nouveaux arrivants titulaires d’un baccalauréat canadien ou d’un diplôme de niveau plus élevé sont exposés à un risque d’être sous-employés ou de détenir une occupation qui exige moins d’études que le niveau qu’ils ont véritablement atteint de 32 %. Ce chiffre se compare à un pourcentage de 54 % qui représente le risque de sous-emploi des immigrants formés ailleurs et est pratiquement identique au taux de sous-utilisation de 31 % qui vise les travailleurs non immigrants.

Cette tendance s’étend aux gains. En 2022, Statistique Canada a observé que, dans les deux premières années suivant celle de leur immigration, les demandeurs ayant fait des études au Canada profitaient d’un avantage marqué sur le plan des gains par rapport à ceux qui n’en avaient pas fait. Cet écart était principalement attribuable à deux facteurs, soit la maîtrise de la langue et l’expérience de travail au Canada avant l’immigration.

En effet, une éducation canadienne peut permettre de combler les écarts sur le marché du travail de plusieurs manières différentes. Elle offre, d’une part, aux nouveaux arrivants de formidables occasions d’apprendre les langues officielles (s’ils ne les parlent pas déjà) et elle leur permet, d’autre part, de commencer à travailler beaucoup plus jeunes. Ces avantages s’avèrent incroyablement précieux pour aider les immigrants à surmonter les préjugés structurels qui prévalent au sein de la population active et à trouver des emplois plus appropriés, assortis de revenus plus élevés.

Une éducation canadienne offre aux nouveaux arrivants l’occasion de fracasser des barrières

Le lien entre l’éducation au pays et des résultats plus favorables sur le marché du travail n’est pas unique au Canada. Selon l’OCDE (ce lien mène à un site web dont le contenu est en anglais seulement), les taux d’emploi à long terme parmi les étudiants étrangers qui demeurent dans leur pays d’accueil après avoir obtenu leur diplôme sont à tout le moins équivalents à ceux des travailleurs migrants ou des autres groupes de migrants. Et le risque de détenir un emploi pour lequel ils sont surqualifiés représente la moitié de celui de tous les autres groupes.

La même étude révèle que le Canada se classe particulièrement bien, s’agissant d’inciter les étudiants étrangers à demeurer au pays après l’obtention de leur diplôme. Tous ces étudiants n’opéreront pas la transition vers la résidence permanente. Seulement trois titulaires d’un premier permis d’études sur dix deviendront résidents permanents dans les dix ans suivant l’année de l’obtention de leur permis d’études. Ce taux double lorsqu’il est limité aux titulaires d’un premier permis d’études qui ont accumulé une expérience de travail durant leurs études.

Cependant, une éducation canadienne aide les nouveaux arrivants à acquérir certains des éléments indispensables à leur intégration sur le marché du travail. Et, pour le Canada, il s’agit là d’une voie particulièrement efficace sur le plan de l’immigration. Le résultat, qui prend la forme d’une bien meilleure utilisation des compétences des immigrants, ouvre la voie non seulement à un meilleur potentiel de gains pour les nouveaux arrivants, mais également à de meilleures perspectives pour la productivité globale de la main-d’œuvre. Dans un contexte de déclin de la croissance démographique naturelle, cet aspect est essentiel pour intervenir à l’égard des problèmes structurels sur le plan de la main-d’œuvre, dont nous nous attendons à ce qu’ils persisteront une fois la récession terminée.


Claire Fan est économiste à RBC. Elle se concentre sur les tendances macroéconomiques et est chargée d’établir des prévisions relatives au PIB, au marché du travail et à l’inflation pour le Canada et les États-Unis, en fonction des principaux indicateurs.

Naomi Powell, directrice de la rédaction, Services économiques et leadership avisé RBC, dirige la publication de Point clé.


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