En représailles aux droits de douane imposés par Ottawa l’automne dernier sur les importations de métaux et de véhicules électriques chinois, la Chine a décidé d’appliquer à son tour des droits de douane sur divers produits agricoles en provenance du Canada.
Ces nouveaux droits de douane marquent une escalade des tensions commerciales entre le Canada et la Chine et le risque que celles-ci se détériorent encore reste orienté à la hausse. Cette mesure est mise en place alors que l’agriculture rencontre déjà des difficultés en raison des incertitudes qui entourent les échanges commerciaux avec les États-Unis.
Un nouveau coup porté aux exportateurs canadiens
La Chine a imposé des droits de douane de 100 % sur l’huile et les tourteaux de canola et les pois en provenance du Canada, et une taxe de 25 % sur le porc et les produits aquatiques, des mesures qui devraient toucher durement certains secteurs et provinces.
Les droits de douane devraient concerner des exportations canadiennes représentant quelque 2,9 milliards $ (chiffres de 2024). Les produits de la mer en constituent la part la plus importante, avec près de 1,2 milliard $, suivis de l’huile et des tourteaux de canola, avec 938 millions $, et du porc, avec 467 millions $. La Chine est aussi le deuxième plus grand marché d’exportation du Canada pour les pois (306 millions $).
Bien que les droits de douane ne visent qu’une petite part des exportations de marchandises canadiennes, environ 0,4 % en 2024, ils pourraient poser des difficultés à certains exportateurs canadiens de produits agricoles.
Si la Chine demeure un important marché pour ces produits, la part qu’elle représente dans les exportations totales s’inscrit en baisse depuis quelques années. La valeur de ces marchandises exportées en Chine représentait environ 3,8 milliards $ (25 %) en 2019, mais a diminué à 2,9 milliards $, 14 %, en 2024. Sur la même période, les exportateurs canadiens se sont tournés vers les États-Unis, et les exportations de ces mêmes produits vers ce pays sont passées de 7,2 milliards $ (47 %) en 2019 à 12,3 milliards $ (60 ù) en 2024. Cette réorientation vers les États-Unis pourrait toutefois leur coûter cher si Washington décide d’appliquer des droits de douane sur les importations canadiennes à compter du 2 avril, date du « jour de la libération » selon le président américain.
Les provinces de l’Atlantique sont dans l’œil du cyclone
La Nouvelle-Écosse est la province la plus exposée à ces droits de douane. Les marchandises concernées représentent en effet environ 9,2 % de ses exportations totales. La Chine est en particulier son deuxième plus grand marché pour les exportations de homards, qui ont atteint près de 452 millions $ de dollars en 2024.
Les exportateurs de crevettes de Terre-Neuve-et-Labrador (105 millions $) et les exportateurs d’huiles et de tourteaux de canola de la Saskatchewan (515 millions $) comptent parmi les acteurs les plus exposés dans leur province. Les marchandises concernées par les droits de douane représentent respectivement environ 1,7 % et 1,5 % de leurs exportations totales.
La Chine ressort une mesure déjà utilisée
Les nouvelles taxes décidées par la Chine sur les exportations agricoles canadiennes ne sont pas une nouveauté. En 2019, les restrictions imposées par la Chine sur certaines importations de canola en provenance du Canada avaient entraîné une chute des exportations de graines de canola canadiennes vers la deuxième économie mondiale.
On estime que ces restrictions ont provoqué des pertes importantes pour les exportateurs canadiens, en raison de la baisse de volume des produits exportés et des répercussions sur les prix. Selon le Conseil canadien du canola, de mars 2019 à août 2020, les mesures prises par la Chine ont coûté au secteur de 1,54 à 2,35 milliards $, du fait des baisses de prix et des pertes de ventes.
D’après un cadre du secteur, si les droits de douane restent appliqués un certain temps, les producteurs de canola redoutent de devoir faire face à des disparitions d’emplois, une baisse des volumes de production et une diminution des capitaux qui touchera d’autres projets que ceux déjà en cours.
Les nouveaux droits de douane risquent de provoquer des pertes dans les secteurs ciblés, mais c’est la possible escalade de la guerre commerciale qui représente le risque le plus important. Entrées en vigueur le 20 mars, les dernières mesures ont été décidées à l’issue de l’enquête antidiscrimination menée par la Chine sur les droits de douane imposés par le Canada sur les véhicules électriques et les métaux chinois. Par ailleurs, compte tenu de l’enquête antidumping actuellement réalisée sur le canola (y compris les graines) et les produits chimiques canadiens, la Chine pourrait appliquer d’autres barrières commerciales. Le pays demeurant le premier marché des exportations de graines de canola canadiennes, évaluées à environ 4 milliards $ en 2024, de nouvelles restrictions pourraient entraîner de lourdes répercussions économiques dans le secteur.
Salim Zanzana est économiste aux Services économiques RBC.
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