Issue #10
➔ L’insatisfaction à l’égard de la Loi sur l’évaluation d’impact
➔ L’apport du gaz naturel pour la réduction des émissions sectorielles
➔ Que fait Donald Trump, et les droits de douane qui entreront en vigueur le 2 avril
Sujets chauds
➔ C’est le gaz naturel qui permettra de réduire les émissions du secteur pétrolier et gazier canadien. Les émissions imputables au sous-secteur canadien ont diminué de 30 % depuis 2005, ce qui représente la baisse la plus importante dans l’ensemble du secteur pétrolier et gazier, selon le plus récent Rapport d’inventaire national. Les émissions totales de gaz à effet de serre du Canada ont diminué de 8,5 % en 2023 (par rapport à 2005), atteignant ainsi leur niveau le plus bas en 27 ans. Le secteur de l’électricité est en tête avec une baisse de 58 % par rapport à 2005, tandis que le secteur pétrolier et gazier est à la traîne avec une hausse de 7 %. Cette hausse est principalement attribuable aux sables bitumineux, dont les émissions ont bondi de 143 %, alors que le reste du secteur (y compris les pipelines, l’affinage et le pétrole traditionnel) enregistrait une baisse de 25 %.
➔ L’Ontario pourrait accueillir la première raffinerie de sulfate de cobalt d’Amérique du Nord. Ottawa financera l’entreprise Electra Battery Materials, de Toronto, à hauteur de 20 millions de dollars dans le cadre de la transformation de ses installations de Temiskaming Shores en une raffinerie de sulfate de cobalt, la première du continent. Ce financement s’ajoute à la subvention de 20 millions de dollars accordée par le Département de la Défense des États-Unis en septembre dernier, alors que Washington cherche à briser le monopole de la Chine dans le secteur mondial du cobalt. L’entreprise sud-coréenne LG Energy Solution achètera 80 % de la production de la raffinerie pour produire environ un million de véhicules électriques. La raffinerie s’inscrit dans le projet plus large d’Electra, qui comprend la construction d’une usine de recyclage de batteries à côté de sa raffinerie de sulfate de cobalt. Electra convoite également une raffinerie de sulfate de cobalt à Bécancour, au Québec, ainsi qu’une usine de sulfate de nickel.
Lecture complémentaire : Le nouveau grand jeu : le rôle des minéraux critiques dans la course à la suprématie technologique
➔ Greenpeace traverse une crise existentielle. Un jury du Dakota du Nord a imposé à l’organisation de protection de l’environnement des dommages-intérêts de 660 millions de dollars américains pour avoir organisé des manifestations contre l’oléoduc Dakota Access pipeline d’Energy Transfer en 2016 et 2017. Fondée à Vancouver en 1971, l’organisation pourrait ainsi faire faillite, ce qui mettrait fin à plus de 50 ans d’activisme. Si la décision judiciaire a eu un effet dissuasif sur les organisations non gouvernementales de protection de l’environnement, Greenpeace a juré qu’elle continuerait à se battre.
➔ Les milliardaires américains se retirent de la lutte climatique. L’organisation Breakthrough Energy, soutenue par Bill Gates, a licencié des dizaines de personnes engagées dans la résolution des problèmes liés au climat, mettant en évidence l’effritement de la lutte contre les changements climatiques. Cela fait suite à l’arrêt du financement de projets climatiques par l’organisation Earth Funds d’un autre milliardaire : Jeff Bezos. On peut supposer que ces deux décisions ont été prises en réponse à l’abandon par le gouvernement américain de plusieurs politiques climatiques clés. Censé résister aux aléas politiques, le soutien philanthropique et financier des initiatives climatiques a néanmoins cédé aux pressions des vents changeants.
Comment accélérer la mise en œuvre de projets énergétiques d’une valeur de 350 milliards de dollars
Saisissant l’occasion, 14 dirigeants du secteur pétrolier et gazier ont écrit aux principaux partis politiques canadiens, actuellement en campagne, pour leur demander de « Bâtir le Canada maintenant », notamment des oléoducs et gazoducs et des terminaux d’exportation de gaz naturel liquéfié. Ce plan de match pourrait s’étendre à toutes sortes d’autres infrastructures, y compris à des projets miniers et d’énergie propre.
Que doit-on retenir des cinq recommandations émises par l’industrie ? Il s’agit d’un appel à réviser et simplifier la Loi sur l’évaluation d’impact. Bien que promulguée il n’y a pas si longtemps, la Loi sur l’évaluation d’impact est déjà critiquée par l’industrie et les provinces, et même par la Cour suprême.
On estime, en effet, que dans sa forme actuelle, elle s’immisce dans des domaines de compétence provinciale et suscite l’incertitude, car elle couvre de nombreux facteurs sociaux qui ne sont pas liés à l’environnement, entraînant ainsi des retards dans les projets.
Les Canadiens étant d’humeur à reprendre la construction de grands projets, des milliards de dollars en capital pourraient être débloqués rapidement en simplifiant la Loi sur l’évaluation d’impact, de même qu’une foule de règlements provinciaux et fédéraux en matière de permis. Selon Ressources naturelles, l’inventaire des grands projets compte 231 projets énergétiques d’une valeur de 351 milliards de dollars à l’étape de révision, de planification ou de proposition. À cela s’ajoutent des projets d’une valeur de plusieurs milliards de dollars qui en sont à leurs tout débuts, mais qui engageraient plus de 400 milliards de dollars en capitaux.
Lisez l’analyse de John Stackhouse concernant les cinq recommandations sectorielles visant à accélérer la réalisation de projets au Canada.
INDICATEUR « TRUMP »
Mesure no 1 : Décret. Le président américain Donald Trump a invoqué la Defense Production Act pour accroître la production nationale de minéraux critiques et déloger la Chine de sa position dominante dans la production de ces ressources.
État : facilite le soutien financier et simplifie le processus d’obtention de permis dans le but de stimuler l’industrie minière nationale. S’efforçant de sécuriser leur approvisionnement en minéraux critiques, les États-Unis convoitent apparemment les ressources du Canada, les richesses du Groenland et les minéraux de l’Ukraine.
Mesure no 2 : L’Agence de protection de l’environnement a supprimé 20 milliards de dollars US de financement de projets d’énergie propre qui étaient en cours de développement par des organismes sans but lucratif et des organismes communautaires.
État : Mis en œuvre. Créé en vertu de l’Inflation Reduction Act (loi sur la réduction de l’inflation), le Greenhouse Gas Reduction Fund (fonds pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre) visait à mobiliser les banques « vertes » et les bailleurs de fonds communautaires afin de décupler les investissements privés dans des projets d’énergie propre. L’Agence de protection de l’environnement a supprimé ces subventions, invoquant un manque de surveillance.
Mesure no 3 : Assouplissement de la réglementation des ressources archéologiques marines.
État : Mis en œuvre. Cette mesure vise à réduire les formalités administratives et à accélérer la réalisation de l’ambition américaine : dominer le secteur énergétique. Selon le règlement original, les exploitants d’hydrocarbures extracôtiers étaient tenus de mener une étude archéologique et de signaler toute nouvelle activité pétrolière et gazière susceptible de perturber les fonds marins.
Mesure no 4 : Entrée en vigueur des droits de douane de réciprocité à partir du 2 avril.
État : Annonce à venir. Les droits de douane de réciprocité feront partie d’une série de mesures et de décrets commerciaux qui affecteront le Canada et le reste du monde, apparemment selon une échelle mobile. Selon des proches du pouvoir américain, certaines industries clés pourraient être épargnées… pour le moment.
Tour d’horizon de RBC
Les analystes de RBC offrent leurs perspectives sur de nombreux sujets, du climat au commerce, en passant par l’économie.
- Instabilité du commerce mondial : John Stackhouse sur la prospérité du Canada dans le nouvel ordre économique.
- La carotte, et non le bâton : Myha Truong-Regan sur la décarbonation dans le secteur du bâtiment même sans la taxe carbone pour les consommateurs
- Efforts considérables : Vivan Sorab sur la poursuite de la décarbonation par les fabricants canadiens malgré les turbulences commerciales
- Make Energy Great Again : Huit questions posées à l’occasion de la CERAWeek.
- Lettre à Washington : Le Canada propose aux États-Unis d’aborder ensemble le commerce international, les droits de douane et à la Chine.
Au cas où vous l’auriez manqué
- La Colombie-Britannique a dépensé 3,5 milliards de dollars sur sept ans pour réduire ses émissions de carbone, mais ce plan a échoué (The Narwhal, en anglais seulement)
- La bataille judiciaire du Dakota du Nord remet en question la liberté d’expression dans l’Amérique de Trump (Financial Times, en anglais seulement)
- Le gaz naturel liquéfié américain émet moitié moins d’émissions que le charbon au cours de son cycle de vie (Woodmac, en anglais seulement)
- La demande mondiale d’énergie atteint des niveaux records en raison de la consommation d’électricité (IEA, en anglais seulement)
- Les propriétaires de Tesla échangent leurs voitures à un rythme record en réponse aux actions de Musk (The Washington Post, en anglais seulement)
Créé par Yadullah Hussain, Directeur de rédaction, RBC Institut d’action climatique.
le bulletin Bouleversements climatiques ne pourrait pas exister sans la collaboration de John Stackhouse, Myha Truong-Regan, Sarah Pendrith, Farhad Panahov, Lisa Ashton, Shaz Merwat, Vivan Sorab, Caprice Biasoni et Frances Dawson.
Avez-vous des commentaires, des félicitations ou, euh, des critiques à faire ? Écrivez-moi à (mailto:yadullahhussain@rbc.com).
Bulletin d’information sur le climat
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